Episode 2 : Le temps des doutes

Voilà, le Livre 1 est prêt. Je le regarde, je le relis, je le rerelis… J’en ai mal aux yeux. Je corrige une virgule, par-ci, par-là, retardant l’échéance. Je le connais par coeur et pourtant, j’en suis toujours au même stade. A la même turlupinante question : vais-je oser publier ce texte?

Mettez-vous à ma place : avant de publier, j’étais une parfaite inconnue pour internet. Pas de compte Facebook, encore moins de Twitter (toujours pas, d’ailleurs).  On pouvait taper mon nom sur Google, on ne risquait pas de me trouver. Pas non plus de LinkedIn et autres Viadeo, j’ai toujours eu beaucoup de mal avec l’idée qu’on puisse se vendre comme un rôti à l’étalage, ou importuner de vagues connaissances au simple prétexte qu’on a perdu son boulot. Ma situation professionnelle aurait largement justifié que je m’y précipite. Mais non.

Et me voilà donc avec, sous les yeux, une sombre histoire de vampires. Pas un traité de philosophie ou un thriller psychologique subtilement noir dont je pourrais m’enorgueillir et qui ferait la fierté de mes parents (lesquels m’ont quand même payé de longues études pour en arriver à ce navrant résultat). Non. Une histoire de vampires, saupoudrée de scènes qui n’ont rien à voir avec l’amour platonique vantée par notre amie américaine, truffée d’argot parce que mon héroïne parle comme un charretier, et agrémentée de citations tirées de mes références musicales. Et oui, je trouvais que cela faisait bien, de prévoir une bande son. Des références très rock, voire même plus. Le tout, frisant confortablement les 400 pages.

Je me remémore les échanges concernant le livre. Lorsqu’à la question : qu’est-ce que tu vas faire, maintenant? Je répondais : j’écris. Tu écris? Mais c’est formidable, ça parle de quoi? De vampires? Ah… (sous-entendu : à ton âge? Mais c’est quoi, ton problème? La crise de la quarantaine?) Dans le genre de Tw…? De toute façon, je ne l’ai pas lu. Moi, tu sais, cette littérature à l’eau de rose, ça ne m’intéresse pas… C’est un livre pour les ados? Non? Mais c’est quoi, alors?

Et bien, justement, même moi, je ne sais pas.

Bref, la tempête menace. Les jours passent et le moment approche où il va falloir que je me penche sérieusement sur mon avenir professionnel. Sauf que je n’ai pas du tout envie de m’y pencher. Pas avant de savoir ce qu’elles ont dans le ventre, mes Sombres Histoires de Sang. Mais cela veut dire prendre le risque de m’exposer (moi et tous les miens, jusqu’à la 7ème génération). Envoyer dans les limbes un ovni littéraire que je ne pourrai jamais récupérer. D’autant que j’ai renoncé à écrire sous un pseudonyme. J’avais cherché le titre pendant des mois, je n’allais pas recommencer avec un cache-misère.  Oui, si je devais publier, ce serait sous mon nom. Lise Journet. Pas de Samantha, Cassandra, Miranda. Pas de paravent, pas de pare-feu. Nada. Je monterais au front la fleur au fusil, armée de mon seul nom à moi. Même pas de « z » à Lise, pour faire style. Rien. A fond, jusqu’au bout.

A fond, à fond, c’est bien joli. Mais quand même, ça fait peur. Et si on me rie au nez? Si je me ridiculise? Certes, je tente de me raccrocher aux commentaires de mes cobayes, mais les doutes m’assaillent. Ce sont des proches, des amis. Peut-être que c’est nul et qu’ils n’ont pas osé me le dire? C’est sûr, d’ailleurs. C’est nul. Et c’est justement pour cela qu’ils ne m’ont rien dit…

Je gagne du temps, je travaille sur la couverture avec le graphiste (un ami, lui aussi). La couverture arrive, conforme à ce que je souhaitais (si vous la trouvez moche, le graphiste n’y est pour rien, le pauvre : les yeux, c’est moi, je les voulais absolument et j’en suis très fière). Je n’ai plus de prétexte, je ne peux plus reculer.

Jour J, heure H. Vous allez rire mais le jour a été soigneusement calculé : le 24 janvier 2014. Parce qu’après avoir vérifié, conférence téléphonique à l’appui avec ma garde rapprochée, le 24 est un bon jour, en numérologie. Un jour qui porte chance. Manque de pot, pour une raison inconnue, Amazon enregistrera la date du 22, anticipant de 48h sur la date exacte de publication. Mais bon, réflexion faite et puisqu’on n’a pas le choix, le 22, c’est bien aussi…

Alors voilà. Il est 14h, j’ai les mains moites. Bien entendu, depuis le matin, je n’ai rien avalé d’autre que du café et j’ai dû fumer 2 paquets mais bon… Jetons un voile pudique. J’ai imprimé le petit fascicule « comment publier votre livre sur KDP », j’ai suivi toutes les consignes à la lettre, le manuscrit et sa couverture sont téléchargés. Depuis une semaine, je peaufine les textes de la 4ème de couverture et de ma biographie. Il ne me reste plus qu’à appuyer sur le bouton. Et là, c’est la panique. Le blanc. Le trou noir. Le vide sidéral. C’est bien simple : je ne peux pas. J’aurais, sous l’index, le bouton rouge de la frappe atomique que ce serait pareil. JE NE PEUX PAS! Je refuse de déclencher la 3ème guerre mondiale.

Que faire? Une seule solution : appeler à la rescousse ma correctrice, relectrice en chef, fan de la première heure et accessoirement, celle qui m’est la plus proche depuis ma naissance. Normal, nous sommes arrivées par hasard à deux. Cette nouvelle épreuve, nous la traverserons donc à deux. Elle me dit d’appuyer, j’appuie et je m’enfuis lâchement, de peur que mon ordinateur ne m’explose de rire à la figure.

C’est fait, advienne que pourra. Désormais, je suis une auteure.

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