Episode 1 : La naissance d’une histoire qui n’avait pas de titre

Certains écrivains sont tombés dans la marmite lorsqu’ils étaient petits. C’est une caractéristique largement mise en avant dans les biographies : « j’écris depuis que j’ai 8 ans… » ou « j’ai toujours voulu devenir écrivain… ». Moi pas. Bien sûr, comme tout le monde, j’ai noirci des cahiers à l’adolescence et essuyé les plâtres des premiers traitements de texte sur Atari… Mais le virus m’est vite passé.

Par contre, j’ai toujours adoré lire, tout et n’importe quoi, avec une préférence marquée pour les romans d’aventure, les romans historiques, policiers et fantastiques, français comme anglo-saxons et, plus récemment, nordiques. Sans parler des grands classiques de la littérature. Avec le temps, je me suis lassée des histoires horrifiques et des scènes sanglantes, préférant les intrigues psychologiques et me tournant peu à peu vers ce que l’on appelle « les livres qui font du bien » : des histoires toutes simples, joliment écrites, qui ne cassent ni le moral, ni la tête.

Bref, rien ne me prédestinait à appuyer un jour sur un bouton pour envoyer un livre sur KDP. Oui, mais voilà…

Voilà que par une banale après-midi de janvier 2013, à peu près confortablement installée dans le TGV (je ne prends pas beaucoup de place), en partance pour un déplacement professionnel de 3 jours, j’ai ouvert un livre. Un livre traduit de l’américain et acheté à la librairie de la gare de l’Est. Un livre qui avait tout pour me plaire (dixit la 4ème de couverture) : une torride histoire d’amour entre un vampire et une sorcière, sur fond de chasse au trésor, à la recherche d’un grimoire magique. Et pour enfoncer le clou, on prédisait même une prochaine adaptation au cinéma. A n’en pas douter, j’avais, entre les mains, une mine d’or. Je n’allais pas voir le trajet passer. Coup de chance, le livre en question était un pavé, mes préférés (d’après mes critères draconiens, un livre de 100 pages est déjà en soi une arnaque…).

Cruelle déception. En fait de torride histoire d’amour, j’ai découvert que l’auteure était une fervente adepte des relations platoniques, même après le mariage. Oenologiste de formation (cela ne s’invente pas), elle enchaînait les scènes de dégustation jusqu’à l’ivresse… Au bout de trente pages, le fameux manuscrit égaré depuis des siècles ( celui qui donnait pourtant son titre à l’ouvrage) avait disparu des radars, perdu corps et biens. Je pense que même l’auteure avait oublié jusqu’à son existence… Au bout de cent pages, le livre m’est tombé des mains. J’avais la gueule de bois. Le lendemain, j’avais la gueule de travers, avec l’impression de m’être fait avoir.

Et voilà comment, vexée, frustrée,  flouée, j’ai décidé que j’allais m’y mettre, moi aussi. A noircir des pages. Juste, pour écrire cette fichue histoire que je ne parvenais pas à trouver.  Une histoire qui correspondrait à mes attentes. Parce qu’à ce stade, je n’envisageais pas du tout de publier quoi que ce soit. Ni même, de faire lire mes écrits. Mais seulement de me faire plaisir.

J’ai donc commencé par le milieu de ce qui deviendrait le Livre 1. Et oui, tant qu’à faire, autant aller tout de suite à l’essentiel : « La » scène, celle qu’on attend depuis le début et qui m’avait tant fait défaut. Puis, j’ai écrit l’épilogue, pour me rassurer : l’histoire finissait bien. Ensuite, le prologue. Triste. Elle débutait mal. Et finalement, titillée par le besoin de savoir si ce que j’écrivais valait quelque chose ou si vraiment, j’étais bonne à enfermer, j’ai choisi un cobaye. Un cobaye qui a mis dix jours avant de trouver le courage de lire mes trente premières pages d’élucubrations mais qui n’a plus cessé, depuis, de me réclamer les suivantes. L’équipe de choc auteure-correctrice (aussi peu professionnelles l’une que l’autre mais débordant d’enthousiasme) était formée, le livre irait au bout.

A ce premier cobaye, propulsé correcteur en chef, se sont ajoutées de nombreuses bonnes volontés, au fur et à mesure des versions modifiées qui s’enchaînaient. Proches, amis, collègues, tout le monde a eu droit à son manuscrit, avec prière de donner un avis motivé. Rien ne m’arrêtait, même pas ceux qui prétendaient n’aimer ni les histoires d’amour, ni les histoires de vampires, ils ont lu quand même. J’écrivais partout et tout le temps, je relisais, je corrigeais, j’envisageais déjà une saga. Mais ô catastrophe : je n’avais pas de titre… Et non. J’avais écrit 300 pages du Livre 1, presqu’autant du Livre 2, d’une histoire qui n’avait pas de nom.  On m’encourageait à me lancer, à essayer de publier mais je ne le pouvais pas : il me fallait ABSOLUMENT un titre! Parce que « le Livre sans nom », c’était déjà pris. Et pas que cela, d’ailleurs. Je voulais que le mot « sang » figure au générique mais sur le sang, tout avait été dit et fait : rêve de sang, sang pour sang, noces de sang, t’en veux, de mon sang?… Tout existait déjà. Il ne me restait rien, même pas une miette. Il paraît que certains auteurs commencent par le titre et construisent l’histoire autour, moi, c’était tout l’inverse : des histoires, j’en avais à la pelle de fossoyeur, mais pas le début du premier mot d’un intitulé… Un cauchemar.

Alors, tout le monde s’y est mis, tout y est passé : recherches aléatoires sur internet, brainstorming pendant des soirées entières, dictionnaire… Jusqu’à ce que l’illumination me vienne… en dormant.  Une Sombre Histoire de Sang… Voilà. Je tenais le titre générique de ma série. Exactement ce que je cherchais : « sombre », « sang », et pas sérieux pour deux sous. Parce que c’était cela, mon problème, au fond : réussir à faire comprendre aux futurs lecteurs que bien qu’elle parle de vampires, la série n’avait rien de sinistre. Une sombre histoire, une histoire abracadabrante, sans queue ni tête… Pile poil ce qu’il me fallait. D’ailleurs, la meilleure preuve, c’est que personne n’y avait pensé, avant moi.

Dûment et impitoyablement relu par ma correctrice en chef, le Livre 1 était prêt, avec son titre générique et son sous-titre. Dans l’intervalle, ma carrière professionnelle s’était brusquement interrompue. Je ne risquais plus les interminables trajets en TGV en compagnie de navets. J’y ai vu un bon signe.

Nous étions fin 2013, l’aventure de l’auto-édition pouvait commencer.

 

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  1. Je me suis éclatée non seulement j’ai adoré mais qu’est ce que j’ai put rire avec votre Humour un texte tout sérieux et tout d’un coup une réflexion qui sort de derrière les fagots Trop top MERCI pour ces heures de lectures et moi qui adore les vampires romantiques mais super protecteur j’ai été scotchée du tome 1 au 5. Combien de tomes pour cette série??? Très cordialement Maithé

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    1. Chère Maithe,
      votre message me touche au coeur. Vous résumez si bien ce que j’essaye de faire passer à mes lecteurs! Pour tout vous dire, je ne m’arrêterai pas avant le livre 13, mais il se peut que la série en comporte davantage… je ne sais pas encore combien, j’attends que mes vampires me montrent la voie. Merci de votre rire qui enchante ma journée, n’hésitez pas à le partager sur amazon, seul moyen dont je dispose pour me faire connaître. Je vous embrasse, Lise

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  2. Super série, j’adore, du suspens, de l’amour, du fantastique et de l’humour.
    J’attends avec impatience le numéro 6. Le 5 collait à l’actualité des attentats de 2015 avec réalisme . J’attends la suite ….

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  3. Bonjour Lise,
    Merci d’abord pour votre merveilleuse saga. Que de plaisirs à découvrir ces savoureux vampires et leurs aventures. A quand le numéro 6? Je suis totalement adicte. A vous lire…..

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  4. Bonjour lise
    À quand un nouveau tome … que je puisse me régaler à nouveau .
    J’adore vos livres qui me font passer de merveilleux moments .😀

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    1. Bonjour Sophie,
      Merci pour votre message qui me touche beaucoup. Je travaille d’arrache pied au tome 6, dès que mes obligations professionnelles m’en laissent le temps. Je pense publier le 6 et le 7 dans la foulée, le plus tôt possible. Merci encore pour vos encouragements, à très bientôt pour de nouvelles aventures…

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