L’auto-promotion, plaie de l’auto-publication

Celui-là, ce second coup de gueule, cela fait un moment qu’il me démange. L’auto-promotion… A ne pas confondre avec une mise en avant des classements obtenus par vos ouvrages (photos d’écran à l’appui), ou des commentaires reçus de vos lecteurs qui, eux, sont vérifiables et donc, incontestables (si vous vendez, c’est que cela plaît, point, à la ligne. Il n’y qu’à regarder où vous en êtes sur Amazon).

Non, l’auto-promo, la seule, la vraie, avec ses gros sabots. Celle qui consiste à marteler, à longueur de message, que ce que l’on écrit, c’est du lourd. De l’inratable. A se demander comment les lecteurs ont pu le rater, justement… Dans l’auto-publication, l’auto-promotion est partout. Tout le monde ne parle que d’une chose : soi-même. C’est d’ailleurs un excellent moyen de vous faire un avis sur les classements (et donc, le succès) d’un auteur : plus c’est gros, plus il en rajoute, plus il est mal classé. Vous verrez, ça marche à tous les coups.

Elle commence dès la biographie. Tous ceux qui s’intronisent « roi de la littérature érotique strictement interdite aux moins de 18 ans » (et ils sont nombreux à se disputer le titre), « nouvelle reine de la science-fiction » (selon ses grands-parents, véridique, je l’ai lu), « le nouvel auteur que l’on s’arrache » (dans son quartier… Je suis gentille, dans son immeuble), sont à fuir, à proscrire, à bannir… Ou alors, contentez-vous d’un extrait gratuit, pour rigoler. A titre d’exemple, vous verrez qu’entre « érotique » et « pornographique » (voire, « scatologique »), la nuance est subtile. On vous a dit « du gros, du lourd », vous allez être servis. De l’expression « porno de la ménagère », nouveau style littéraire que l’on méprise ouvertement mais dont on aimerait bien, secrètement, atteindre les chiffres de vente, certains n’ont manifestement retenu que le premier mot.

Ensuite, les réseaux sociaux. Dès que vous commencez à y pointer le bout de votre timide nez de nouvel auto-publié sans expérience, les auteurs plus aguerris vous tombent dessus à bras raccourcis. Vous croulez sous les demandes d’amis. Mais pas pour vous donner des conseils, non. Encore moins, pour vous guider sur cette longue et difficile route où les ornières sont légion. Juste, pour vous demander de « liker » leur page. D’aimer leurs publications. De commenter (élogieusement, s’entend), les extraits gratuits dont ils inondent le web. Vous, on s’en fout. Vous arrivez à vendre des livres? Vade retro satanas! Like ma page! Vous pouvez toujours vous brosser pour obtenir un « j’aime » quand vous annoncez que vous avez dépassé le cap des 500 ventes… Et à 1000, vous n’avez plus d’amis du tout. Vous êtes seul, abandonné au bord du chemin.

Il y a aussi les pages spécialisées, uniquement ouvertes aux auteurs auto-publiés. Je pensais y dénicher des bons plans pour promouvoir mes livres auprès des lecteurs : sur quelles plateformes se lancer? Comment se faire traduire? Est-ce que ça sert à quelque chose, les séances de dédicace? Est-ce que les libraires indépendants nous acceptent?  Grossière erreur de débutant! Naïveté de l’auteur fraîchement débarqué! Je vous explique : tout en haut de la page, il y a la publication du modérateur. Celle qui indique clairement qu’une « promotion raisonnable des ouvrages est acceptée, mais qu’elle sera contrôlée et que ce n’est pas le rôle premier de cette page ». Mon oeil… Parce qu’en-dessous, on s’en donne à coeur joie : « Like ma page ». « Je vous présente mon dernier ouvrage »… « Venez découvrir mon livre, un futur best-seller ». « Il me manque 100 « J’aime » pour intégrer l’Académie Trucmuche, où l’on va écrire à 18 mains (et autant de couteaux) un texte improbable en tirant chacun la couverture à soi, sous l’oeil des caméras ». Vaste programme.  Vous avez aussi le « magazine indépendant », qui ne parle que des publications de sa rédactrice. Le site « spécialisé dans l’auto-édition », qui ne vante que les ouvrages de son fondateur. Et l’on pourrait enfiler les perles, comme cela, pendant des heures. Lesquels auteurs sont, ne l’oublions pas, perdus dans les bas-fonds des classements.

Bref, sur cette fameuse page, je me suis contentée de me présenter en expliquant que j’écrivais mais en évitant de mettre des liens vers Amazon, par discrétion et pour ne pas commencer tout de suite par me coller le modérateur à dos. Après tout, nous étions entre auteurs. Seconde grossière erreur! Comme on me l’a sèchement rappelé : « les auteurs sont aussi des lecteurs »… De qui, à part d’eux-mêmes? Et quand j’ai fait remarquer que nous étions sur un site destiné aux auteurs, la même mal embouchée m’a rétorqué : « parce que des sites de lecteurs, tu en connais »? Ben, oui… Enfin, je crois : Amazon. Mais peut-être que je me trompe.

Allez, un petit dernier, pour la route : j’applaudirai des deux mains (et même des deux pieds) le jour où un auteur aura le courage de présenter son oeuvre, invendue et invendable, en disant : « attention, ce livre, c’est de la merde en branche. J’enfonce des portes ouvertes, je multiplie les poncifs. Si vous voulez vraiment vous faire chier, achetez-le. En plus, 7,99€ pour 35 pages, c’est du vol manifeste. On vous aura prévenus ». Rien que pour le culot et l’auto-dérision, je vous jure que je l’achèterai. Et j’en ferai même la promotion, gratuitement et sans contrepartie. Ce sera peut-être celui-là, le futur best-seller.

Car c’est justement ce qui manque à l’auto-publication : un peu d’auto-dérision, au lieu de toute cette auto-promotion, aussi envahissante qu’inutile. Parce qu’au fond, le seul avis qui compte vraiment, le seul qui puisse nous faire remonter dans les classements, c’est celui du lecteur. Et c’est surtout le seul qui soit fiable et auquel il convienne de s’intéresser.

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  1. Hi hi ça me rappelle le bon vieux temps des corrections de manuscrits et c’est bien le plus difficile à faire passer auprès d’un auteur : le comique involontaire. Merci Madame Monsieur, j’ai beaucoup ri mais j’imagine à votre mine déconfite que ce n’était pas le but. Malheureusement, non, je n’ai pas trouvé dans votre ouvrage matière à réflexion sur le sens du monde… Sinon, je vous suggère sincèrement de tout reprendre à la base…hi hi et rappelez-vous que si écrire est pour vous une thérapie, le résultat de votre thérapie personnelle (moi et les femmes, ou moi et les hommes, mon boss, ma mère, mes fantasmes…) n’est pas forcément un livre. Loin s’en faut, souvent! Il vous manque quoi ? Mais l’écriture. ..tout simplement.

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  2. Hé, hé, Lise ! J’ai un livre à vendre, tu veux le lire? Un petit extrait, pour te mettre en appétit? ^^ Ah non, zut, je n’en ai pas encore vraiment en stock, en fait. 😀

    L’auto-promotion est un art difficile… Délicat… Casse-gueule. Ne pas sombrer dans le « trop » ni le « ridicule ». Un jour, je m’y essaierai peut-être?

    En attendant, j’adore les phrases du genre de ce qui suit (véridique) : « d’habitude, je n’aime pas me faire de la promo, mais là j’ai un livre à vous vendre alors vous comprenez, madame, monsieur… Bon, je vous raconte… D’accord? »

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  3. Malgré les résultats et les classements que j’ai obtenus, j’éprouve toujours autant de mal à faire la promotion de mes livres parce que j’ai l’impression de me mettre en avant et que je déteste cela. J’ai contourné le problème en postant des photos des classements ou en publiant des commentaires de lecteurs. Mais franchement, écrire « achetez mon livre, c’est de la bombe! », comme j’ai pu le voir, j’en suis incapable. Et même si demain, je coulais dans les classements, je chercherai tous les moyens possibles pour remonter, mais pas celui-là. D’autant que la plupart du temps, on vend « entre nous ». A d’autres auteurs qui n’en ont franchement rien à cirer. Voire, qui se félicitent de constater que nous partageons leur galère.

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  4. Un petit commentaire, sur le vif… Ce soir, j’ai ouïe dire qu’une nouvelle sélection à l’Académie Trucmuche se ferait sur un texte de 2000 mots minimum, sans verbes… Le tout, parrainé par un auteur qui a sorti le premier « livre sans verbe », classé 244000ème et des poussières sur Amazon (je me suis fendue d’une rapide vérification, voir l’article Qui en est où? Un classement qui fait envie…). Des poussières, des bananes, des quiches (Yes! une phrase sans verbe).
    J’ai failli publier sur FB mais ma garde rapprochée m’a plutôt conseillé le blog.
    Voici donc mon message : un texte sans verbes… Demain, un texte sans mots… Après-demain, un texte sans texte… Et l’on s’étonne de ne pas avoir de lecteurs???
    Pour ceux qui n’auraient pas suivi, la fameuse Académie n’en est qu’aux sélections. Vivement la finale! On va leur sortir une boîte avec des ingrédients « mystère » qu’ils devront tous cuisiner. Tambouiller. Ratatouiller (Ouf!, des verbes. Qui n’existent pas mais on s’en fout, ça fait un bien fou).
    Mais il n’empêche que ce sera de la littérature!

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