Episode 4 : La course de fond

A dater du jour où j’ai découvert les rapports de vente, cela devient une obsession. Dix fois par jour, je me connecte. Quand elles augmentent, j’ai le sourire. Quand elles baissent, ce n’est même pas la peine de m’adresser la parole. Je n’imaginais pas rencontrer un public et maintenant que je l’ai ferré par le bout d’un aileron, je n’ai qu’une peur : qu’il me lâche. Que cette belle aventure ne soit qu’un feu de paille. Que le soufflé retombe. Que je me crashe lamentablement avant même d’avoir décollé.

Chaque nouveau commentaire est pour moi une torture. Je me rappelle du jour où j’ai reçu le premier à seulement 3 étoiles (mon premier contact avec un adepte de la Dague N…, j’y reviendrai) . Je suis allée chercher mon fils au lycée, le mors aux dents, les naseaux fumants, écrasant sans pitié l’accélérateur de ma voiture, à défaut d’autre chose. Il faut savoir que sur Amazon, il est impossible de répondre, les adresses des lecteurs sont masquées (et c’est tant mieux).

Au bout d’un mois, le Livre 1 atteint 800 ventes. Est-ce bien? Normal? Moyen? Je n’en ai aucune idée.  En attendant, avec ma fidèle correctrice, nous travaillons au peaufinage du 2, écrit en parallèle avec le 1. C’est l’une des caractéristiques de mon improbable technique d’écriture : j’ai toujours plusieurs romans en cours. D’ailleurs, comme Agatha Christie, j’ai déjà écrit celui qui sera le dernier tome, même si je ne le publie que dans dix ans. Je suis incapable d’écrire chronologiquement, je ne commence jamais par le début. Un livre, c’est pour moi une scène, un personnage, quelque chose que je veux mettre en avant. Et tout le reste en découle. Mes personnages me sont d’une aide précieuse, ils évoluent tout seuls. J’ai parfois l’impression qu’ils savent mieux que moi où je dois les emmener. Je sais, ça paraît stupide dit comme cela, mais c’est vrai. Dans le Livre 2, des personnages secondaires sont devenus principaux, de par leur propre volonté. Comme s’ils m’avaient fait signe : « ne nous laisse pas comme ça, sors-nous de là ». Et voilà, ils en sont sortis. Je constate avec effarement que certains personnages anecdotiques du Livre 1 (Philippe Rondeau, le psychiatre) me sont indispensables dans le 2. Pourquoi l’ai-je créé, ce fameux psychiatre fan du PSG? Je ne sais pas, mais heureusement qu’il est là.

Tout cela pour dire que je ne fais pas de croquis compliqués, ni ne prends de notes sur la trame de mes histoires. Elles se déroulent, c’est tout. Est-ce bien ou mal, de travailler comme cela? Aucune idée, je ne sais pas faire autrement. Je ne sais pas faire du tout, d’ailleurs. Je ne suis pas écrivain, à la base.

Bref. Vient le moment fatidique où, tout doucement, j’ai l’impression que le Livre 1 va mourir de sa belle mort, dans les classements. Inexorablement, il se rapproche de la 100ème place du top 100. Je suis blême, je ne dors plus, je panique. Je vous rappelle que je ne cherche toujours pas de boulot. J’ai réussi à faire avaler à ma conseillère Pôle Emploi que mon projet, c’était de me reconvertir dans l’écriture. Conciliante, elle m’a laissé quelques mois de rodage. A ce rythme, ça va être vite vu…  Je désespère à la sombre perspective de devoir aller vendre des fenêtres en porte-à-porte à de pauvres gens qui ne parviennent déjà pas à payer leurs factures de chauffage… Que faire?

Et c’est là que la notion de « série » prend tout son sens. Car, au risque de passer pour une marathonienne de l’écriture, une scribouillarde qui pond des livres au kilomètre, je décide de lancer le Livre 2, à peine un mois et demi après le 1. Nous sommes le 3 mars.

Mobilisé en catastrophe, mon ami graphiste m’envoie la deuxième couverture. Après moult hésitations, la décision est prise : la série des Sombres Histoires de Sang aura une identité visuelle propre. Les yeux sont définitivement validés, changeant en fonction du personnage principal de chaque tome. Ainsi que la couleur de la couverture. Après le 1, gris comme les beaux yeux de Vladimir (je sais, tout le monde ne les trouve pas beaux mais moi, je les adore), le 2 sera bleu « police », avec les yeux de Frédéric, mon sympathique inspecteur, promu commissaire pour l’occasion.

Forte de l’expérience acquise avec le Livre 1, le lancement se fait en un clic de souris. Mieux, il se fait directement depuis Createspace, pour garantir une mise en page impeccable. Le 5 mars, le Livre 2 est en ligne. Cette fois, je suis prête, scrutant les ventes, le couteau entre les dents. Pari gagné : en une semaine, 115 exemplaires sont écoulés. Les ventes du 1 repartent, tirées par celles de leur petit frère. Je respire. Je réussirai même, un peu plus tard, à les placer en même temps dans le top 100.

Depuis, les livres se maintiennent. J’ai compris que l’une des clés, c’était d’en avoir plusieurs. Les commentaires du 2 sont encore meilleurs que sur le 1 (tous, à 5 étoiles). Et pourtant, j’ai lancé une série qui n’en est pas une. Je m’explique : le 1 est très sentimental, centré sur mes vampires qu’il fallait que je présente à mes lecteurs. Dans le 2, bien que l’on retrouve les mêmes personnages, l’intrigue est celle d’un roman policier. L’un des livres (en préparation), sera moyenâgeux. Le dernier se déroulera dans un futur proche. Et pourtant, les lecteurs suivent. Incroyable. On me parle du style, on continue à rire.

Et moi, je continue à y croire. Plus que jamais!

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s