Oui, j’ai gardé le secret. Oui, j’ai été abordée par l’équipe de KDP il y a quelques mois pour témoigner dans le bulletin mensuel. Et non, je n’ai rien dit.  J’ai pondu mon petit texte, j’ai fébrilement cherché une photo d’illustration qui ne soit pas totalement foireuse et j’ai tout balancé.

Et je me disais : s’ils t’écrivent, c’est parce que tu as passé un cap, c’est obligé.

Forcément, j’avais caracolé en tête de la rubrique SF pendant des semaines et mes tomes suivants se vendaient toujours. Mais quand même, il y avait le doute. Ce putain de doute qui vous saisit quand vous recevez un wagon de réponses négatives en provenance des éditeurs en place. En dépit des chiffres de vente et des commentaires lecteurs que vous leur fourrez sous le nez, ils n’en veulent pas, de vos bouquins!  Non, non et non, madame qui n’entrez dans aucune catégorie!

Après, j’ai publié « le Corbeau », que j’adore mais qui n’est pas de la même veine et qui peine à trouver son public. Alors là, ce n’était plus le doute, c’était la Bérézina! Waterloo, Trafalgar, le Chemin des Dames et tutti quanti.  La fleur au fusil, mais la gueule dans le sac quand même.

Mais ça y est, le bulletin est paru. Vous n’en voulez pas de mon moyen âge? Vous n’accrochez pas à ma Geste du Corbeau? Vous allez en souper avec le livre IV et vous allez l’adorer.  Les vampires, c’est « has been »? Tant mieux, ça ira bien avec mes fringues vintage.

Chers amis lecteurs qui suivez ce blog famélique, si vous écrivez comme moi à la va comme je te pousse, n’abandonnez pas, jamais! Comme disait Napoléon, impossible n’est pas français.

Encore sous le coup de l’émotion, me voici infichue de router un lien vers ce fameux bulletin KDP qui me met tant de baume au coeur. Alors tant pis, vous allez y avoir droit in extenso, comme dirait l’autre. Mais n’oubliez pas : tout ce que j’y dis est sincère, cette aventure, je l’ai vécue et je vous la souhaite aussi belle!

Votre Voix
Lise Journet, Auteur KDP

Lise Journet, auteur de Une Sombre Histoire de sang, partage son expérience avec KDP.

« Bien que j’aie toujours été une lectrice assidue, rien ne me prédestinait à devenir écrivain. Début 2013, déçue par un énième ouvrage de fantasy américaine qui m’a laissée sur ma faim, j’ai commencé à écrire cette fameuse histoire que je cherchais depuis des années et que je ne trouvais pas. J’ai ainsi entamé le premier tome de ce qui allait devenir la série desSombres Histoires de Sang.

« Fin 2013, suite à une pause dans ma carrière et encouragée par mon entourage, j’ai décidé de me lancer et de publier mon premier roman, rêvant à une possible reconversion. N’ayant aucun contact dans le monde de l’édition, je me suis appuyée sur mes proches pour relire et corriger les différentes épreuves du livre. S’est ensuite posée la question du canal de distribution et c’est sur le conseil d’une amie que j’ai choisi KDP. Bien sûr, je connaissais Amazon pour y avoir régulièrement commandé des livres mais j’ignorais l’existence d’une plateforme destinée aux auteurs autoédités. J’ai trouvé que la démarche de publication était extrêmement simple et parfaitement expliquée sur le site de KDP, où je n’ai rencontré aucun problème technique. En quelques clics, j’étais prête à basculer dans l’aventure de l’autoédition. Le plus dur a été d’appuyer sur le bouton, tant je craignais l’accueil qui serait réservé à mon roman. Jusqu’alors, il n’avait été lu et commenté que par des proches, qu’allaient en penser de parfaits inconnus ?

« Je me suis lancée le 24 janvier 2014. Bien m’en a pris. Depuis cette date, j’ai vendu plus de 4000 exemplaires des trois premiers tomes de la série desSombres Histoires de Sang. Je travaille actuellement à une suite et à une traduction en anglais.

« Je pense que l’autoédition est un formidable moyen d’exister pour les milliers d’auteurs dont les romans ne seront jamais retenus par les éditeurs traditionnels, sous les motifs les plus divers. Dans mon cas, j’ai découvert que la science-fiction était un genre dédaigné, en France. Qu’il n’était pas possible de me classer dans une catégorie préexistante et que, par conséquent, on préférait décliner. Or, mes romans ont trouvé leur public et beaucoup plus vite que je ne le pensais. J’ai aujourd’hui de fidèles lecteurs qui me suivent et guettent chacune de mes parutions. J’en suis la première étonnée. Et, bien entendue, ravie. Dans l’autoédition, on ne vous oblige pas à retravailler votre texte pour rentrer dans un moule, ni à l’amputer d’une bonne moitié. Le style, le rythme, sont les vôtres. Votre bébé demeure intact, tel que vous le rêviez. Le revers de la médaille étant qu’il faut apporter une attention toute particulière à sa mise en forme et traquer la moindre faute d’orthographe ou de syntaxe, car personne ne le fera pour vous. Vous êtes le seul maître à bord. Aujourd’hui, j’éprouve une totale liberté à écrire ce qui me passe par la tête et une grande facilité à le publier, partout dans le monde. L’autoédition, c’est la chance pour n’importe quel auteur d’être lu, pour des coûts de publication quasi-inexistants.

« J’ai été tentée d’essayer d’autres plateformes qu’Amazon KDP. J’en suis bien vite revenue et aujourd’hui, mes livres sont publiés en exclusivité sur KDP et participent tous au programme KDP Select. Pourquoi ? Parce que le fonctionnement de KDP est d’une grande simplicité, qu’il s’agisse du téléchargement du livre, de ses éventuelles modifications ou des rapports d’activité. Parce qu’en tenant compte des avis des lecteurs dans ses classements, Amazon KDP a permis à une parfaite inconnue de rester en tête de la rubrique science-fiction pendant plusieurs mois, j’en suis la preuve vivante. Parce qu’en agissant ainsi, Amazon KDP met sur un pied d’égalité les autoédités et les autres, démarche extrêmement rare qui mérite d’être soulignée. Parce qu’à chaque fois que j’ai posé une question à l’équipe KDP, j’ai obtenu une réponse rapide, précise et cordiale. Bref, sur Amazon KDP, je me sens un auteur à part entière. Et je compte bien poursuivre l’aventure le plus longtemps possible. »

–Lise Journet

Le Livre 2 poursuit sa route, le Livre 1 se maintient toujours. A eux deux, ils se vendent à 20 exemplaires en moyenne par jour. Je commence à entrevoir la stratégie gagnante : publier, encore et toujours.

Un reportage sur Amazon, diffusé sur Arte, me conforte dans cette idée. On y cite une auteur allemande qui publie des romances se déroulant dans les Highlands (où, croit bon de le préciser le journaliste, elle n’a jamais mis les pieds). Un livre tous les 3 mois. Résultats : 200 000 exemplaires vendus et la jeune femme en question n’a jamais repris son poste après son congé maternité. L’idée me trotte dans la tête…

D’autant que, comme je l’ai expliqué précédemment, ma technique d’écriture est particulière. Je n’écris jamais dans l’ordre chronologique. Et lorsque je suis bloquée sur un livre, lorsque je suis en panne d’inspiration, je passe à un autre. J’ai donc, en permanence dans ma musette, plusieurs romans en cours d’écriture. Plusieurs « squelettes » de livres d’une cinquantaine de pages A4.

Me voilà donc lancée sur le 3 (et accessoirement, le 4, le 5 et le 6…). Je musarde, je prends mon temps. Je modifie plusieurs fois le scénario des intrigues annexes. L’histoire principale, je l’ai mais c’est autour que ça pédale… Je me décide pour le mois de juin. Et là, me vient une idée. Le 6 juin tombe un vendredi, jour où je publie traditionnellement (parce que j’ai publié le 1 un vendredi et que depuis, je continue). Date du débarquement et non moins célèbre date de naissance de mon cher et tendre (dénicheur de titres et de 4èmes de couverture, chacun son métier…).

En plus, le vendredi suivant c’est le 13, il vaut mieux ne pas tenter le diable…

J’annonce donc fièrement sur Facebook, plusieurs semaines à l’avance, que le Livre 3 sera publié le 6 juin. Peu de réactions (mis à part de fidèles lecteurs qui sont toujours au RDV), je me dis que c’est passé à la trappe. Et je me le dis d’autant plus que plus la date approche, moins je me sens prête. Mon problème est le suivant : je ne publie jamais rien sans l’avoir relu une centaine de fois. Quand je dis « cent », je suis gentille. J’ai dû passer des journées entières sur des paragraphes de cinq lignes…

Or, à quelques jours de la date fatidique, ma fidèle correctrice pointe du doigt une faiblesse. Elle n’apprécie pas la façon dont je traite l’intrigue principale. Elle voudrait quelque chose de différent… J’aimais bien l’idée que Sasha se conduise comme un gamin mais elle veut autre chose. Quelque chose de plus sombre… Nous sommes le 30 mai, nous profitons du weekend prolongé pour visiter Amsterdam… Pour elle, c’est trois fois rien à corriger, on verra ça dans le Thalys du retour. Pour moi, c’est la catastrophe car toutes les scènes sont liées.  Résultat, je dis « oui, oui, oui » à tout ce qu’elle me raconte dans le TGV et à partir du 2 juin au matin, je travaille douze heures par jour, retranchée dans la chambre de mon fils qui a la chance d’avoir un bureau dont il ne se sert jamais. C’est plus confortable que la cuisine où j’écris habituellement et surtout, je peux me relire à haute voix. Je ne sors de ma tanière que pour manger et dormir.

Le 6 juin, devant les commémorations du débarquement, je m’arrache encore les cheveux sur la 4ème de couverture.  J’agace tout le monde, j’exige qu’on s’intéresse à mon problème. On s’y intéresse, je parviens à publier.

Et dès le lendemain, les premiers chiffres tombent. Moi qui croyais que mon annonce était passée inaperçue, j’en suis pour mes frais. Jamais je n’ai connu un démarrage pareil.  23 ventes dès le premier jour et jusqu’à 41, aujourd’hui, 5 jours plus tard. Le Livre 3 est n°1 en SF dès le 7 juin. Quand j’affiche la page à l’écran, je vois mes 3 tomes dans les 6 premiers. Zut, j’ai fait « blanc, bleu, rouge »…

Cette fois-ci, non seulement je me dis que je suis une auteure mais surtout, surtout, que j’ai réussi à me constituer un lectorat. Un lectorat fidèle, un lectorat que je croise sur FB, qui m’encourage à chaque étape et que je ne remercierai jamais assez.

L’étape suivante, c’est l’étranger. Réussir ailleurs ce que je fais en France. Le coût est élevé mais je ne désespère pas d’y parvenir. A condition de trouver un traducteur qui ne massacre pas le style. On en a vu d’autres s’y casser les dents. Quand on s’appelle JR Ward, ça va. Quand on s’appelle Lise Journet, ça craint…

A dater du jour où j’ai découvert les rapports de vente, cela devient une obsession. Dix fois par jour, je me connecte. Quand elles augmentent, j’ai le sourire. Quand elles baissent, ce n’est même pas la peine de m’adresser la parole. Je n’imaginais pas rencontrer un public et maintenant que je l’ai ferré par le bout d’un aileron, je n’ai qu’une peur : qu’il me lâche. Que cette belle aventure ne soit qu’un feu de paille. Que le soufflé retombe. Que je me crashe lamentablement avant même d’avoir décollé.

Chaque nouveau commentaire est pour moi une torture. Je me rappelle du jour où j’ai reçu le premier à seulement 3 étoiles (mon premier contact avec un adepte de la Dague N…, j’y reviendrai) . Je suis allée chercher mon fils au lycée, le mors aux dents, les naseaux fumants, écrasant sans pitié l’accélérateur de ma voiture, à défaut d’autre chose. Il faut savoir que sur Amazon, il est impossible de répondre, les adresses des lecteurs sont masquées (et c’est tant mieux).

Au bout d’un mois, le Livre 1 atteint 800 ventes. Est-ce bien? Normal? Moyen? Je n’en ai aucune idée.  En attendant, avec ma fidèle correctrice, nous travaillons au peaufinage du 2, écrit en parallèle avec le 1. C’est l’une des caractéristiques de mon improbable technique d’écriture : j’ai toujours plusieurs romans en cours. D’ailleurs, comme Agatha Christie, j’ai déjà écrit celui qui sera le dernier tome, même si je ne le publie que dans dix ans. Je suis incapable d’écrire chronologiquement, je ne commence jamais par le début. Un livre, c’est pour moi une scène, un personnage, quelque chose que je veux mettre en avant. Et tout le reste en découle. Mes personnages me sont d’une aide précieuse, ils évoluent tout seuls. J’ai parfois l’impression qu’ils savent mieux que moi où je dois les emmener. Je sais, ça paraît stupide dit comme cela, mais c’est vrai. Dans le Livre 2, des personnages secondaires sont devenus principaux, de par leur propre volonté. Comme s’ils m’avaient fait signe : « ne nous laisse pas comme ça, sors-nous de là ». Et voilà, ils en sont sortis. Je constate avec effarement que certains personnages anecdotiques du Livre 1 (Philippe Rondeau, le psychiatre) me sont indispensables dans le 2. Pourquoi l’ai-je créé, ce fameux psychiatre fan du PSG? Je ne sais pas, mais heureusement qu’il est là.

Tout cela pour dire que je ne fais pas de croquis compliqués, ni ne prends de notes sur la trame de mes histoires. Elles se déroulent, c’est tout. Est-ce bien ou mal, de travailler comme cela? Aucune idée, je ne sais pas faire autrement. Je ne sais pas faire du tout, d’ailleurs. Je ne suis pas écrivain, à la base.

Bref. Vient le moment fatidique où, tout doucement, j’ai l’impression que le Livre 1 va mourir de sa belle mort, dans les classements. Inexorablement, il se rapproche de la 100ème place du top 100. Je suis blême, je ne dors plus, je panique. Je vous rappelle que je ne cherche toujours pas de boulot. J’ai réussi à faire avaler à ma conseillère Pôle Emploi que mon projet, c’était de me reconvertir dans l’écriture. Conciliante, elle m’a laissé quelques mois de rodage. A ce rythme, ça va être vite vu…  Je désespère à la sombre perspective de devoir aller vendre des fenêtres en porte-à-porte à de pauvres gens qui ne parviennent déjà pas à payer leurs factures de chauffage… Que faire?

Et c’est là que la notion de « série » prend tout son sens. Car, au risque de passer pour une marathonienne de l’écriture, une scribouillarde qui pond des livres au kilomètre, je décide de lancer le Livre 2, à peine un mois et demi après le 1. Nous sommes le 3 mars.

Mobilisé en catastrophe, mon ami graphiste m’envoie la deuxième couverture. Après moult hésitations, la décision est prise : la série des Sombres Histoires de Sang aura une identité visuelle propre. Les yeux sont définitivement validés, changeant en fonction du personnage principal de chaque tome. Ainsi que la couleur de la couverture. Après le 1, gris comme les beaux yeux de Vladimir (je sais, tout le monde ne les trouve pas beaux mais moi, je les adore), le 2 sera bleu « police », avec les yeux de Frédéric, mon sympathique inspecteur, promu commissaire pour l’occasion.

Forte de l’expérience acquise avec le Livre 1, le lancement se fait en un clic de souris. Mieux, il se fait directement depuis Createspace, pour garantir une mise en page impeccable. Le 5 mars, le Livre 2 est en ligne. Cette fois, je suis prête, scrutant les ventes, le couteau entre les dents. Pari gagné : en une semaine, 115 exemplaires sont écoulés. Les ventes du 1 repartent, tirées par celles de leur petit frère. Je respire. Je réussirai même, un peu plus tard, à les placer en même temps dans le top 100.

Depuis, les livres se maintiennent. J’ai compris que l’une des clés, c’était d’en avoir plusieurs. Les commentaires du 2 sont encore meilleurs que sur le 1 (tous, à 5 étoiles). Et pourtant, j’ai lancé une série qui n’en est pas une. Je m’explique : le 1 est très sentimental, centré sur mes vampires qu’il fallait que je présente à mes lecteurs. Dans le 2, bien que l’on retrouve les mêmes personnages, l’intrigue est celle d’un roman policier. L’un des livres (en préparation), sera moyenâgeux. Le dernier se déroulera dans un futur proche. Et pourtant, les lecteurs suivent. Incroyable. On me parle du style, on continue à rire.

Et moi, je continue à y croire. Plus que jamais!

Une fois le Livre 1 publié, je n’ose plus aller sur Amazon. J’ai trop peur. J’ai lu des tas de choses horribles sur ce mythique Top 100 qui m’apparaît encore plus inaccessible que l’Everest. Et surtout, surtout, je tremble à l’idée de lire un premier commentaire. Pas les commentaires des copains, amis cobayes informés de mon exploit qui se sont gentiment dévoués pour acheter les 5 premiers exemplaires. Non. « Le » commentaire. Celui de l’inconnu impartial et averti qui a déboursé 2,68 €  pour découvrir ma prose et qui va m’envoyer aussi sec au tapis.

Résultat, sans me forcer, j’ai l’air d’une imbécile, clignant des yeux comme une chouette à chaque fois que j’ouvre la page, regardant d’un seul oeil le verdict, des fois que ça ferait moins mal qu’avec les deux. Mais heureusement, il ne se passe rien de fâcheux. Mieux, les premiers « vrais » commentaires arrivent et ils sont positifs. Je sens le courage me revenir.

Le livre progresse dans les classements. Je constate avec stupéfaction que dès le 29 janvier, je suis n°1 des ventes en rubrique « science-fiction » (je garderai ce rang pendant plus de 2 mois) et 66 dans le top 100. Mais comme je suis infichue de lire les rapports (à l’époque, je n’ai pas encore compris comment cela fonctionne), je me dis que c’est normal : je me suis lancée dans une rubrique confidentielle. George Orwell n’a rien publié depuis longtemps, il doit se vendre 5 livres de SF par mois sur Amazon, coup de bol, le mien est dedans. Et voilà.

En attendant, je me consacre à la version papier, ce qui est une autre paire de manches. A nous deux, Createspace! Il ne me faut pas moins de 24 heures, dix litres de café et autant de pétages de plomb sur Photoshop pour réussir à pondre quelque chose. Car, j’en fais une affaire d’état, je ne paierai pas 200 dollars pour formater un p… de bouquin! Je ne saurai jamais comment j’ai réussi à mettre la tranche du Livre 1 dans le bon sens. Pour le Livre 2, je n’ai pas pu réitérer l’exploit, j’ai fini par faire un copier-coller…

Le 5 février, le Livre 1 est numéro 11 du top 100 (il montera jusqu’à la 6ème place). Je ne sais toujours pas où se trouvent les chiffres de vente et je ne m’en inquiète pas plus que cela. Après tout, Amazon précise  que les redevances ne sont payées que 2 mois plus tard. Aussi ahurissant que cela puisse paraître, je ne m’attends donc pas à obtenir de statistiques avant 2 mois.

Et nous voilà rendus à la date du 11 février, un peu plus de 2 semaines après le lancement. Miracle, les taies d’oreiller que j’ai sur les yeux tombent et en cliquant au hasard je découvre, stupéfaite, les chiffres des ventes. 87 exemplaires. J’en suis abasourdie, estomaquée, tourneboulée. Je saute de joie, je hurle. Je ne connais pas 87 personnes, j’ai forcément vendu à des inconnus. Sauf qu’une nouvelle fois, je me suis trompée. 87, c’est seulement pour la dernière semaine de janvier (rappelez-vous, j’ai publié un 22-24). Il y a une seconde ligne, en-dessous. Pour les ventes de février (nous sommes déjà le 11…). Et là, ce ne sont plus 87, mais plus de 300 ventes, qui s’affichent.

J’ai les yeux qui se croisent, je suis au bord de la crise de nerfs. Il me faut une calculatrice pour réussir à additionner. Résultat : 457 ventes et 10 commentaires, tous à 5 étoiles. Avec la meilleure volonté du monde, je ne pourrais pas faire tenir tous mes lecteurs dans mon jardin.

Ce soir-là, pour la première fois de ma vie, j’ai eu l’impression de toucher le Graal du doigt.

Bien sûr, après, il y aura des bas. Bien sûr, aujourd’hui, je relativise.  J’ai appris que le plus difficile, c’était de se maintenir dans la durée. Mais j’ai également appris autre chose : et bien oui, j’étais devenue une auteure. Mineure, certes, mais une auteure quand même. J’étais parvenue à  émouvoir de parfaits inconnus, à les faire rire, à les faire vibrer.

Je n’étais plus toute seule, sur ma planète.

Voilà, le Livre 1 est prêt. Je le regarde, je le relis, je le rerelis… J’en ai mal aux yeux. Je corrige une virgule, par-ci, par-là, retardant l’échéance. Je le connais par coeur et pourtant, j’en suis toujours au même stade. A la même turlupinante question : vais-je oser publier ce texte?

Mettez-vous à ma place : avant de publier, j’étais une parfaite inconnue pour internet. Pas de compte Facebook, encore moins de Twitter (toujours pas, d’ailleurs).  On pouvait taper mon nom sur Google, on ne risquait pas de me trouver. Pas non plus de LinkedIn et autres Viadeo, j’ai toujours eu beaucoup de mal avec l’idée qu’on puisse se vendre comme un rôti à l’étalage, ou importuner de vagues connaissances au simple prétexte qu’on a perdu son boulot. Ma situation professionnelle aurait largement justifié que je m’y précipite. Mais non.

Et me voilà donc avec, sous les yeux, une sombre histoire de vampires. Pas un traité de philosophie ou un thriller psychologique subtilement noir dont je pourrais m’enorgueillir et qui ferait la fierté de mes parents (lesquels m’ont quand même payé de longues études pour en arriver à ce navrant résultat). Non. Une histoire de vampires, saupoudrée de scènes qui n’ont rien à voir avec l’amour platonique vantée par notre amie américaine, truffée d’argot parce que mon héroïne parle comme un charretier, et agrémentée de citations tirées de mes références musicales. Et oui, je trouvais que cela faisait bien, de prévoir une bande son. Des références très rock, voire même plus. Le tout, frisant confortablement les 400 pages.

Je me remémore les échanges concernant le livre. Lorsqu’à la question : qu’est-ce que tu vas faire, maintenant? Je répondais : j’écris. Tu écris? Mais c’est formidable, ça parle de quoi? De vampires? Ah… (sous-entendu : à ton âge? Mais c’est quoi, ton problème? La crise de la quarantaine?) Dans le genre de Tw…? De toute façon, je ne l’ai pas lu. Moi, tu sais, cette littérature à l’eau de rose, ça ne m’intéresse pas… C’est un livre pour les ados? Non? Mais c’est quoi, alors?

Et bien, justement, même moi, je ne sais pas.

Bref, la tempête menace. Les jours passent et le moment approche où il va falloir que je me penche sérieusement sur mon avenir professionnel. Sauf que je n’ai pas du tout envie de m’y pencher. Pas avant de savoir ce qu’elles ont dans le ventre, mes Sombres Histoires de Sang. Mais cela veut dire prendre le risque de m’exposer (moi et tous les miens, jusqu’à la 7ème génération). Envoyer dans les limbes un ovni littéraire que je ne pourrai jamais récupérer. D’autant que j’ai renoncé à écrire sous un pseudonyme. J’avais cherché le titre pendant des mois, je n’allais pas recommencer avec un cache-misère.  Oui, si je devais publier, ce serait sous mon nom. Lise Journet. Pas de Samantha, Cassandra, Miranda. Pas de paravent, pas de pare-feu. Nada. Je monterais au front la fleur au fusil, armée de mon seul nom à moi. Même pas de « z » à Lise, pour faire style. Rien. A fond, jusqu’au bout.

A fond, à fond, c’est bien joli. Mais quand même, ça fait peur. Et si on me rie au nez? Si je me ridiculise? Certes, je tente de me raccrocher aux commentaires de mes cobayes, mais les doutes m’assaillent. Ce sont des proches, des amis. Peut-être que c’est nul et qu’ils n’ont pas osé me le dire? C’est sûr, d’ailleurs. C’est nul. Et c’est justement pour cela qu’ils ne m’ont rien dit…

Je gagne du temps, je travaille sur la couverture avec le graphiste (un ami, lui aussi). La couverture arrive, conforme à ce que je souhaitais (si vous la trouvez moche, le graphiste n’y est pour rien, le pauvre : les yeux, c’est moi, je les voulais absolument et j’en suis très fière). Je n’ai plus de prétexte, je ne peux plus reculer.

Jour J, heure H. Vous allez rire mais le jour a été soigneusement calculé : le 24 janvier 2014. Parce qu’après avoir vérifié, conférence téléphonique à l’appui avec ma garde rapprochée, le 24 est un bon jour, en numérologie. Un jour qui porte chance. Manque de pot, pour une raison inconnue, Amazon enregistrera la date du 22, anticipant de 48h sur la date exacte de publication. Mais bon, réflexion faite et puisqu’on n’a pas le choix, le 22, c’est bien aussi…

Alors voilà. Il est 14h, j’ai les mains moites. Bien entendu, depuis le matin, je n’ai rien avalé d’autre que du café et j’ai dû fumer 2 paquets mais bon… Jetons un voile pudique. J’ai imprimé le petit fascicule « comment publier votre livre sur KDP », j’ai suivi toutes les consignes à la lettre, le manuscrit et sa couverture sont téléchargés. Depuis une semaine, je peaufine les textes de la 4ème de couverture et de ma biographie. Il ne me reste plus qu’à appuyer sur le bouton. Et là, c’est la panique. Le blanc. Le trou noir. Le vide sidéral. C’est bien simple : je ne peux pas. J’aurais, sous l’index, le bouton rouge de la frappe atomique que ce serait pareil. JE NE PEUX PAS! Je refuse de déclencher la 3ème guerre mondiale.

Que faire? Une seule solution : appeler à la rescousse ma correctrice, relectrice en chef, fan de la première heure et accessoirement, celle qui m’est la plus proche depuis ma naissance. Normal, nous sommes arrivées par hasard à deux. Cette nouvelle épreuve, nous la traverserons donc à deux. Elle me dit d’appuyer, j’appuie et je m’enfuis lâchement, de peur que mon ordinateur ne m’explose de rire à la figure.

C’est fait, advienne que pourra. Désormais, je suis une auteure.

Certains écrivains sont tombés dans la marmite lorsqu’ils étaient petits. C’est une caractéristique largement mise en avant dans les biographies : « j’écris depuis que j’ai 8 ans… » ou « j’ai toujours voulu devenir écrivain… ». Moi pas. Bien sûr, comme tout le monde, j’ai noirci des cahiers à l’adolescence et essuyé les plâtres des premiers traitements de texte sur Atari… Mais le virus m’est vite passé.

Par contre, j’ai toujours adoré lire, tout et n’importe quoi, avec une préférence marquée pour les romans d’aventure, les romans historiques, policiers et fantastiques, français comme anglo-saxons et, plus récemment, nordiques. Sans parler des grands classiques de la littérature. Avec le temps, je me suis lassée des histoires horrifiques et des scènes sanglantes, préférant les intrigues psychologiques et me tournant peu à peu vers ce que l’on appelle « les livres qui font du bien » : des histoires toutes simples, joliment écrites, qui ne cassent ni le moral, ni la tête.

Bref, rien ne me prédestinait à appuyer un jour sur un bouton pour envoyer un livre sur KDP. Oui, mais voilà…

Voilà que par une banale après-midi de janvier 2013, à peu près confortablement installée dans le TGV (je ne prends pas beaucoup de place), en partance pour un déplacement professionnel de 3 jours, j’ai ouvert un livre. Un livre traduit de l’américain et acheté à la librairie de la gare de l’Est. Un livre qui avait tout pour me plaire (dixit la 4ème de couverture) : une torride histoire d’amour entre un vampire et une sorcière, sur fond de chasse au trésor, à la recherche d’un grimoire magique. Et pour enfoncer le clou, on prédisait même une prochaine adaptation au cinéma. A n’en pas douter, j’avais, entre les mains, une mine d’or. Je n’allais pas voir le trajet passer. Coup de chance, le livre en question était un pavé, mes préférés (d’après mes critères draconiens, un livre de 100 pages est déjà en soi une arnaque…).

Cruelle déception. En fait de torride histoire d’amour, j’ai découvert que l’auteure était une fervente adepte des relations platoniques, même après le mariage. Oenologiste de formation (cela ne s’invente pas), elle enchaînait les scènes de dégustation jusqu’à l’ivresse… Au bout de trente pages, le fameux manuscrit égaré depuis des siècles ( celui qui donnait pourtant son titre à l’ouvrage) avait disparu des radars, perdu corps et biens. Je pense que même l’auteure avait oublié jusqu’à son existence… Au bout de cent pages, le livre m’est tombé des mains. J’avais la gueule de bois. Le lendemain, j’avais la gueule de travers, avec l’impression de m’être fait avoir.

Et voilà comment, vexée, frustrée,  flouée, j’ai décidé que j’allais m’y mettre, moi aussi. A noircir des pages. Juste, pour écrire cette fichue histoire que je ne parvenais pas à trouver.  Une histoire qui correspondrait à mes attentes. Parce qu’à ce stade, je n’envisageais pas du tout de publier quoi que ce soit. Ni même, de faire lire mes écrits. Mais seulement de me faire plaisir.

J’ai donc commencé par le milieu de ce qui deviendrait le Livre 1. Et oui, tant qu’à faire, autant aller tout de suite à l’essentiel : « La » scène, celle qu’on attend depuis le début et qui m’avait tant fait défaut. Puis, j’ai écrit l’épilogue, pour me rassurer : l’histoire finissait bien. Ensuite, le prologue. Triste. Elle débutait mal. Et finalement, titillée par le besoin de savoir si ce que j’écrivais valait quelque chose ou si vraiment, j’étais bonne à enfermer, j’ai choisi un cobaye. Un cobaye qui a mis dix jours avant de trouver le courage de lire mes trente premières pages d’élucubrations mais qui n’a plus cessé, depuis, de me réclamer les suivantes. L’équipe de choc auteure-correctrice (aussi peu professionnelles l’une que l’autre mais débordant d’enthousiasme) était formée, le livre irait au bout.

A ce premier cobaye, propulsé correcteur en chef, se sont ajoutées de nombreuses bonnes volontés, au fur et à mesure des versions modifiées qui s’enchaînaient. Proches, amis, collègues, tout le monde a eu droit à son manuscrit, avec prière de donner un avis motivé. Rien ne m’arrêtait, même pas ceux qui prétendaient n’aimer ni les histoires d’amour, ni les histoires de vampires, ils ont lu quand même. J’écrivais partout et tout le temps, je relisais, je corrigeais, j’envisageais déjà une saga. Mais ô catastrophe : je n’avais pas de titre… Et non. J’avais écrit 300 pages du Livre 1, presqu’autant du Livre 2, d’une histoire qui n’avait pas de nom.  On m’encourageait à me lancer, à essayer de publier mais je ne le pouvais pas : il me fallait ABSOLUMENT un titre! Parce que « le Livre sans nom », c’était déjà pris. Et pas que cela, d’ailleurs. Je voulais que le mot « sang » figure au générique mais sur le sang, tout avait été dit et fait : rêve de sang, sang pour sang, noces de sang, t’en veux, de mon sang?… Tout existait déjà. Il ne me restait rien, même pas une miette. Il paraît que certains auteurs commencent par le titre et construisent l’histoire autour, moi, c’était tout l’inverse : des histoires, j’en avais à la pelle de fossoyeur, mais pas le début du premier mot d’un intitulé… Un cauchemar.

Alors, tout le monde s’y est mis, tout y est passé : recherches aléatoires sur internet, brainstorming pendant des soirées entières, dictionnaire… Jusqu’à ce que l’illumination me vienne… en dormant.  Une Sombre Histoire de Sang… Voilà. Je tenais le titre générique de ma série. Exactement ce que je cherchais : « sombre », « sang », et pas sérieux pour deux sous. Parce que c’était cela, mon problème, au fond : réussir à faire comprendre aux futurs lecteurs que bien qu’elle parle de vampires, la série n’avait rien de sinistre. Une sombre histoire, une histoire abracadabrante, sans queue ni tête… Pile poil ce qu’il me fallait. D’ailleurs, la meilleure preuve, c’est que personne n’y avait pensé, avant moi.

Dûment et impitoyablement relu par ma correctrice en chef, le Livre 1 était prêt, avec son titre générique et son sous-titre. Dans l’intervalle, ma carrière professionnelle s’était brusquement interrompue. Je ne risquais plus les interminables trajets en TGV en compagnie de navets. J’y ai vu un bon signe.

Nous étions fin 2013, l’aventure de l’auto-édition pouvait commencer.